Pourquoi je ne veux pas faire un CV moderne

Illustration éditoriale sur la culture, le branding et le digital.

Une trajectoire, pas un profil.

Il y a une manière très actuelle de se présenter qui ressemble à une mise en conformité.

On prend son parcours, on le découpe en blocs. On ajoute une photo propre, quelques chiffres, des compétences alignées, des logos d’outils, des expériences rangées dans l’ordre, puis une phrase censée résumer une vie professionnelle en dix mots.

À la fin, tout est clair.

Mais quelque chose a disparu.

Le refus du format

Pas parce que le CV serait inutile.

Pas parce que je méprise les formats professionnels.

Pas parce que je crois qu’il faudrait tout déconstruire par principe.

Mais parce qu’un CV, même modernisé, reste souvent un document de validation. Il répond à une question précise : est-ce que cette personne rentre dans une case identifiable ?

Or je ne cherche pas seulement à rentrer dans une case.

La trajectoire

Je cherche à montrer une trajectoire.

Une trajectoire n’est pas toujours linéaire. Elle contient des détours, des reprises, des périodes de construction silencieuse, des projets qui n’ont pas encore trouvé leur forme définitive, des compétences acquises ailleurs que dans les cadres attendus.

Elle contient aussi ce que les formats courts effacent trop vite : la manière de regarder, de relier, de choisir, de tenir une direction malgré le bruit.

Ce que le format efface

Un CV moderne peut dire que je travaille autour du digital, de la communication, de WordPress, de l’identité visuelle, de la musique, du contenu et de la culture.

Mais il aura plus de mal à dire pourquoi ces choses se répondent.

Il pourra lister des outils. Il pourra nommer des missions. Il pourra présenter des compétences.

Mais il ne dira pas forcément ce qui relie un site, un morceau, une image, une marque, une page, une décision de mise en forme.

Le journal comme espace de travail

C’est là que ce journal commence.

Pas comme un espace intime.

Pas comme un blog d’humeur.

Pas comme une vitrine déguisée.

Comme un lieu de travail visible.

Un endroit où je peux poser des notes, des chantiers, des fragments, des idées en cours. Un endroit où le parcours n’est pas réduit à une succession de postes, mais montré comme une matière en mouvement.

La fatigue des présences professionnelles

Je crois de moins en moins aux présences professionnelles qui veulent tout prouver immédiatement.

Elles finissent souvent par se ressembler.

Même ton. Même promesse. Même structure. Même langage de performance. Même manière de dire que l’on est différent avec les mêmes mots que tout le monde.

Je ne veux pas ajouter une variation de plus à cette fatigue.

Reprendre la main sur le récit

Je préfère un site qui avance plus lentement, mais plus justement.

Un site où l’on comprend progressivement ce que je construis.

Un site qui ne cherche pas à impressionner au premier regard, mais à laisser une trace plus nette après quelques minutes.

C’est peut-être moins efficace au sens classique.

Mais c’est plus fidèle.

Et c’est probablement ce dont j’ai besoin aujourd’hui : non pas une page qui prétend tout résumer, mais un espace qui permet de reprendre la main sur le récit.

Ce site n’est donc pas mon CV moderne.

C’est un index.

Un journal.

Une présence en construction.